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Q&A : L'animal de compagnie dans les sociétés de consommation

Cet article explore les liens entre la possession d'animaux de compagnie, les comportements de consommation, les activités numériques et le bien-être animal.

23/04/2026

Cette série d’articles est tirée d’interviews et de discussions publiques que j’ai eues par le passé. Bonne lecture !

Qu’est-ce qui peut expliquer l’augmentation du nombre de chiens dans les pays occidentaux ?

Ce phénomène est multifactoriel, mais nous soutenons qu’un des principaux facteurs qui y contribue est l’isolement social, particulièrement répandu dans les pays individualistes occidentaux. Notre principale hypothèse est qu’un manque de relations épanouissantes avec d’autres êtres humains laisse certains besoins fondamentaux insatisfaits. En réponse à cela, une stratégie consiste à se tourner vers les animaux de compagnie, dont les fonctions sociales et émotionnelles sont désormais très valorisées. C’est particulièrement vrai dans le cas des chiens, du fait de leurs capacités socio-cognitives et de leur remarquable adaptation à nos systèmes de communication.

D’autres facteurs incluent l’imitation et l’apprentissage social : nous avons tendance à aimer et à faire ce que les autres aiment et font. Bien sûr, l’investissement émotionnel, temporel et financier croissant des individus dans la vie de leurs animaux de compagnie a également été rendu possible par le contexte socio-économique des pays occidentaux, plus riches qu’à l’époque préindustrielle.

© Erik Mclean - Pexels

Quel est le rôle de l’industrie de l’animal de compagnie (ou pet industry en anglais) dans la construction de la culture contemporaine qui entoure le chien de compagnie ? Ce marché renforce-t-il l’idée du chien comme membre à part entière de la famille, ou masque-t-il certaines préoccupations importantes liées au bien-être animal ?

L’industrie du chien de compagnie reflète et renforce un changement culturel : nous considérons de plus en plus les chiens comme des membres émotionnellement significatifs de la famille. Plus nous investissons financièrement dans les animaux de compagnie, plus nous avons tendance à les valoriser émotionnellement. En ce sens, ce marché ne fait pas que suivre les tendances culturelles, mais contribue à les façonner.

Cependant, en ce qui concerne le bien-être animal, il est important de garder un regard critique. Si de nombreux produits pour animaux de compagnie sont marketés comme améliorant le bien-être, la plupart sont conçus davantage pour la commodité ou la satisfaction émotionnelle du propriétaire plutôt que pour répondre aux besoins réels du chien. Le véritable bien-être ne passe pas par des accessoires ou des applications, mais par une activité physique adéquate, des interactions sociales et un certain degré d’autonomie. Ce sont là les éléments essentiels d’une bonne vie pour un chien… et ils ne s’achètent pas.

En somme, oui, l’industrie du chien de compagnie peut approfondir notre lien émotionnel avec les chiens, mais elle peut aussi occulter des questions essentielles sur ce dont les chiens ont réellement besoin pour s’épanouir.

© Vitaly Gariev - Pexels

Comment les réseaux sociaux influencent-ils notre relation avec les chiens, et les animaux de compagnie en général ?

Selon certaines études, les contenus liés aux animaux de compagnie sont parmi les plus consommés sur les réseaux sociaux. Ces plateformes constituent donc probablement un puissant vecteur de popularisation de certaines pratiques et attitudes liées aux animaux — pour le meilleur ou pour le pire. Plus vous êtes exposé, par exemple, à certaines méthodes d’éducation ou à certaines races, plus vous êtes susceptible de les adopter, surtout lorsqu’elles sont également cautionnées par des créateurs populaires. Malheureusement, certaines de ces tendances ont des conséquences néfastes pour les animaux. Lorsque des chiots d’une race spécifique deviennent très recherchés, certains peuvent y voir une opportunité commerciale, entraînant des pratiques douteuses — voire illégales — (comme les élevages intensifs, ou le vol et la revente de chiens de race). De plus, toutes les races de chiens populaires (ou espèces d’animaux de compagnie) ne conviennent pas à tous les individus. D’autres études ont également montré comment les réseaux sociaux influencent le marché des animaux exotiques, en lien avec le commerce illégal.

L’exposition des animaux de compagnie sur les réseaux sociaux peut aussi servir d’extension symbolique (virtuelle) du soi. Ici, l’animal (et son image) peut être perçu comme une possession précieuse qui dit quelque chose de qui nous sommes et à quels groupes sociaux nous appartenons — ce qui, dans nos sociétés individualistes et de consommation, peut être particulièrement important pour la construction de notre identité sociale. Dans l’un de mes projets de recherche en cours, j’ai constaté que pour de nombreux propriétaires d’animaux, il existe une corrélation positive entre la force de leur attachement émotionnel à leur animal et le plaisir qu’ils prennent à ce que les autres admirent leur animal et en aient une image positive. Certaines personnes profitent également de la popularité des contenus liés aux animaux pour utiliser leur animal pour monétiser leur propre image, mais aussi vendre des produits de consommation ou des idéologies politiques.

Du côté positif, utiliser les réseaux sociaux en tant que propriétaire d’un animal est un moyen facile de se connecter avec d’autres amoureux des animaux avec les mêmes valeurs, avec qui partager les joies et les difficultés du quotidien ; c’est aussi une bonne occasion de découvrir les lieux et activités dédiés aux animaux autour de soi.

Lectures complémentaires (en anglais)

Beverland, M. B., Farrelly, F., & Lim, E. A. C. (2008). Exploring the dark side of pet ownership: Status- and control-based pet consumption. Journal of Business Research, Animal Companions, Consumption Experiences, and the Marketing of Pets: Transcending Boundaries in the Animal-Human Distinction, 61(5), 490–496. https://doi.org/10.1016/j.jbusres.2006.08.009

Kubinyi, E. (2025). The Link Between Companion Dogs, Human Fertility Rates, and Social Networks. Current Directions in Psychological Science, 34(4), 232–239. https://doi.org/10.1177/09637214251318284

Kubinyi, E., & Turcsán, B. (2025). From kin to canines: Understanding modern dog keeping from both biological and cultural evolutionary perspectives. Biologia Futura, 76(2), 213–220. https://doi.org/10.1007/s42977-025-00264-4

Spee, L. B., Hazel, S. J., Dal Grande, E., Boardman, W. S. J., & Chaber, A.-L. (2019). Endangered Exotic Pets on Social Media in the Middle East: Presence and Impact. Animals : An Open Access Journal from MDPI, 9(8), 480. https://doi.org/10.3390/ani9080480

Zhang, X., He, Y., Yang, S., & Wang, D. (2024). Human Preferences for Dogs and Cats in China: The Current Situation and Influencing Factors of Watching Online Videos and Pet Ownership. Animals, 14(23), Article 23. https://doi.org/10.3390/ani14233458